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 Krasull l'Oublieux

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Krasull
Homme no where


Nombre de messages : 156
Age : 38
Localisation : France
Date d'inscription : 26/05/2010

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Jeu: Bahagon
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MessageSujet: Krasull l'Oublieux   Mer 26 Mai 2010 - 11:35

[I. Savoir et oubli] (achevé, à retravailler)
[II. Réveil et mémoire] (en cours)
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Krasull
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MessageSujet: Re: Krasull l'Oublieux   Mer 26 Mai 2010 - 11:35

Savoir et oubli

- Que dis-tu de la vue Krasull?
- Splendide Maître! Proprement splendide!

Et il disait, une fois n'est pas coutume, positivement la vérité.

Krasull était un petit être servile dont on ne pouvait déterminer avec certitude la race. S'il avait globalement la morphologie d'un gobelin plutôt frêle, tant dans l'ossature et la stature que le maintient, sa peau était en revanche naturellement bleuâtre et son visage n'avait rien de comparable aux habituelles peaux-vertes. Menton fuyant, fine bouche dont les lèvres violacées se relevaient légèrement à la commissure pour lui donner un sourire inné, joues creuses dont la droite portait la marque blanche d'une profonde cicatrice, nez humain plus ou moins aquilin, tout cela ne se remarquait pas souvent au premier regard. Ce qui captait aussitôt l'attention, en effet, c'était surtout ces deux grands yeux nacrés et vitreux, sans paupière, et dont la couleur unique n'était troublée que par deux minuscules points d'un noir intense qui faisait office de pupilles.

Krasull marchait à quatre pattes sur la terrasse d'un grand palais, accompagnant dans une première promenade un homme de haute stature. Ce dernier portait une complète armure en acier par endroit ouvragé en écailles, et sur son épaule reposait un minuscule lézard blanc et rouge qu'il flattait d'un index métalliquement ganté. Bien que l'homme ne portait pas son casque, Krasull ne voyait pas vraiment son visage, ou plutôt faisait tout ce qu'il pouvait pour ne pas le regarder.

Leurs pas les avaient menés jusqu'à la balustrade et ils s'y appuyèrent. En-dessous de leurs yeux un tapis de nuages trainait paresseusement.

- Le Refuge, Krasull, dit alors l'homme d'une voix faible et douce. C'est ainsi que se nomme ce Palais. Bâtit ici hors du temps, hors de l'espace, hors de la matière, j'y ai survécu et erré tellement d'années, de vie, d'ères...

*

L'homme contracta la main droite dans son gant d'acier en un poing qui paraissait aussi solide qu'un énorme diamant, puis il étendit lentement ses doigts, découvrant et observant sa paume. Il refit le mouvement trois fois avant de reprendre la parole de cette voix qui paraissait si particulièrement faible, alors qu'elle était pourtant plus audible que le plus grand des cris.

- Ce fut long pour retrouver mon corps...
- Pardon Maître, intervint Krasull d'une voix chevrotante, mais les dommages que vous aviez subi dépassaient assez largement toutes les précautions que vous aviez pu prendre ici...
- Je le sais bien Krasull, ne te sens pas toujours systématiquement fautif, je te l'ai déjà dit.

Mais Krasull avait baissé la tête, visiblement rongé par la culpabilité. L'homme décida alors de changer la conversation.

- Te souviens-tu de tout ce que je t'ai appris, depuis le jour de ma mort et jusqu'à aujourd'hui?
- Evidemment Maître!

Krasull sanglottait, mais cette question sembla l'avoir foncièrement piqué dans sa fierté si bien qu'il releva le nez en reniflant. L'homme pointait du doigt une minuscule tâche claire dans le ciel sombre.

- Et te souviens-tu également de tout ce que tu as observé là-bas depuis le jour où j'ai pris sanctuaire ici?
- Je suis peut-être petit, laid, mais Maître, n'insultez pas ma mémoire! Vous savez bien que tout ce qui entre dans ma tête ne la quitte plus!
- Fort bien, c'est parfait, c'est ce que j'espérais, conclua l'homme dans un sourire aussi malicieux qu'énigmatique.

*

Il y avait toujours eut du vent au Refuge et, en ce moment, une bise à la fois franche et fraiche balayait la terrasse. Mais il n'y avait jamais eu de vent au refuge et, en ce moment, régnait une atmosphère éternellement statique sur la terrasse. Un tel paradoxe trouvait son explication dans le fait qu'au Refuge il n'y avait jamais eu de réalité. En ce lieu, tout n'était qu'une conception de l'esprit. Aussi, passer d'une immense terrasse à, après de nombreux pas, un balcon aussi venteux qu'il ne l'est pas, s'appuyer à la rambarde, et enfin se retourner pour se retrouver dans une bibliothèque dont le plafond est trop haut pour se laisser voir, tout cela n'avait rien de surprenant.

Krasull et son maître marchaient silencieusement dans la travée centrale, foulant un tapis incarnat orné en son bord par des arabesques florales. A droite et à gauche se dressaient des rangées interminables d'étagères bondées de grimoires et, à mesure de leur progression, les ouvrages semblaient devenir de plus en plus antiques et poussiéreux. Par endroit était aménagé un petit espace de lecture invariablement composé d'une simple chaise en bois clair et d'une courte table carrée de même matière, le tout étant surplombé d'un luminaire sphérique qui ne semblait fixé nulle part.

En dehors du bruit de leurs pas, et du fort écho en retour, aucun autre bruit ne se laissait entendre. Un vrai silence de cathédrale pouvait-on songer, cathédrale dont la religion semblait ici basée sur la lecture. Après quelques instants, ou peut-être une éternité, ils arrivèrent à un croisement entre l'allée qu'ils suivaient et une autre de gabarit semblable. A l'initiative de Krasull, ils prirent à gauche en direction d'une statue sur un piédestal que l'on distinguait au loin. L'homme se gratta le menton, visiblement décontenancé, et s'immobilisa.

- Pourquoi choisir ce chemin dès maintenant, Krasull?
- J'ai pensé qu'il serait intéressant pour nous d'aller voir de plus près cette statue. Je suis passé devant elle tellement souvent alors que vous-même ne l'avez jamais vraiment vue... Elle est apparue ici le jour même de votre mort, savez-vous?
- Ton argument se tient et dans ces murs tu restes le guide, je te suis, allons.
Et tandis qu'il reprenait sa marche, l'homme murmura pour lui seul : Mais mon ami, tu empruntes beaucoup trop tôt cette route...

*

Le silence s'était à nouveau installé à l'exception toujours du bruit de leurs pas, mais il paraissait plus feutré que dans l'allée centrale. Sans doute le tapis était ici bien plus épais. L'écho s'était quant à lui tût laissant la progression de l'homme et de Krasull sans réponse aucune.

Arrivés face à la statue, ils s'immobilisèrent et levèrent plus ou moins la tête -plus pour Krasull- afin d'observer l'oeuvre. Elle était en marbre blanc, très finement ciselée et polie et représentait, semblait-il à l'échelle, un homme de haute taille.

Ses cheveux tombaient, longs et fins, de chaque côté de son front sans pli. Il ne portait aucune couronne et pourtant, en regardant son visage sage et serein, en plongeant dans son regard impénétrable, on savait qu'une pesait sur sa tête. Par-dessus ses mâchoires franches, ses joues légèrement creuses et son menton arrondi, il affichait une barbe de quelques jours.
Il était vêtu d'un harnois de plaque incomplet, sans brassard ni gantelet, orné au pecotral d'un cercle au centre duquel naissait une étoile. Les rais que produisaient cette dernière partaient dans 8 directions et débordaient légèrement du cercle à chacun des 4 points cardinaux. On retrouvait ce même motif reproduit sur la spalière droite, qui par ailleurs était plus longue et large que la gauche, ainsi qu'en miniature aux deux genouillères. Au niveau des deux flancs, sous les épaules et jusqu'à la ceinture, sur une bande de la taille du bras, la plaque laissait étrangement place à de larges écailles.

L'homme sculpté tendait devant lui les bras, tenant un livre fermé dont la couverture était entaillée de multiples et minuscules runes. D'ailleurs, si l'artiste avait réalisé l'ensemble de son oeuvre en marbre blanc, une pépite d'or noir ornait curieusement le centre du grimoire.

Le silence s'éternisait et ce fut Krasull qui le rompit, estimant sans doute que l'art mérite commentaire (ce qui se discute).

- Je me suis toujours demandé pourquoi il tendait son livre, et surtout vers qui.

*

Le maître de Krasull ne répondit pas tout de suite : il prenait, semblait-t-il, un moment de réflexion en se grattant le menton. Il se décida finalement à parler, mais comme à regret.

- Il tend son livre à celui qui désire et mérite le véritable pouvoir : la connaissance.
- Intéressante interprétation, Maître intervint Krasull. Mais, voyez-vous, je...
- Ce n'est pas une interprétation, coupa l'homme.
- Oh...

Le silence retomba tel une chape de plomb. Les deux observaient la statue et Krasull faisait des yeux un allé et retour constant entre la sculpture et son maître. Krasull se tenait toujours à quatre pattes, tel quelque animal de compagnie, et la lumière claire qui tombait du plafond invisible baignait d'une douce chaleur la peau bleue pâle de son crâne chauve. En fait, il commençait à avoir étrangement chaud, au point d'en désirer retirer ses vêtements en tissu noir. Ce silence l'indisposait vraiment, il en sourdait comme une menace, un danger, il devait le briser au plus vite, trouver un sujet de conversation.

- vous avez retrouvé votre enveloppe aujourd'hui, ou peut-être hier? Demanda-t-il.
- Le temps n'est pas réel ici, affirma l'homme. Peu importe que se soit hier ou il y a deux mois.
- Oui, oui, ahem, bref c'est amusant parce que je passe devant cette statue depuis une éternité, et cela depuis votre défaite... Krasull s'interrompit sur ce mot, et trouva d'un seul coup ses pieds d'un intérêt si vif qu'il ne pouvait plus les quitter des yeux. Ah... euh... je ne voulais pas dire... euh... pardon...
- Ne t'excuse pas, soupira l'homme. Je t'ai déjà dit je ne sais combien de fois qu'il ne fallait pas s'excuser, sauf par ironie ou sarcasme. Et oui j'ai été vaincu par plus grand que je ne l'étais, en fait pratiquement par plus grand que quiconque fut, est et sera. Tu veux bien en venir aux faits, à ce qui te tarabuste tant?
- Oui, oui... répondit Krasull en relevant la tête, et pour la première fois il regarda directement le visage de son maître. Euh, je vous trouve comme un air de famille la statue et vous Maître.

Le silence, plus lourd que jamais, se fit à nouveau. L'homme se tenait immobile, ses sourcils s'étaient froncés sur son regard qui se perdait maintenant au loin, vers une galerie de statues se tenant derrière celle qu'ils avaient observée.

- Maîîître?
- Quel dommage, soupira l'homme d'une voix pleine de douceur et d'empathie. Tu méritais vraiment un peu plus de repos et de loisir mon ami, tu n'aurais pas du te précipiter...
- Maître, je ne comprends pas de quoi vous parlez...
- Tu m'as servi si fidèlement depuis si longtemps, poursuivit l'homme sans sourciller. Et tu ne t'es jamais demandé quels étaient mes desseins. J'aurai aimé profiter de mon nouvel état avec toi un peu plus longtemps, Krasull...
- Que... que voulez-vous dire... Maître?
- Rien de ce qui entre dans ta tête ne peut en sortir. C'est pour cela que je t'avais choisi. Mais depuis, les choses ont changé...

Soudainement, mais sans brutalité, des deux mains l'homme saisit Krasull par la nuque et, aussitôt, plongea son regard gris acier dans les deux globes nacrés de son serviteur surpris.

*

Ce fut comme un moment d'éternité face à face et yeux dans les yeux.

Le corps de Krasull ne trahissait aucun mouvement, pas même celui d'une inspiration ou d'une expiration, mais pourtant, tels autant d'arcs bandés parés à libérer leur trait mortel, tous ses muscles semblaient tendus à l'extrême. Paradoxalement le serviteur affichait un visage totalement hébété, comme si son cerveau avait pris une année sabbatique depuis déjà plusieurs mois. Un léger filet de bave commençait à suinter de la commissure de ses lèvres et ces dernières, légèrement entrouvertes, ne laissaient passer qu'un faible murmure de respiration. Son regard semblait à la fois un peu perdu et aveuglément absorbé dans la contemplation des pupilles de son maître.

L'homme ne bougeait guère plus que son serviteur. Ses yeux restaient fixement plongés dans ceux de Krasull, sans jamais ciller, et on y lisait qu'énormément était en réalité dit alors que le silence régnait. Une veine battait fort sur sa tempe gauche et rien qu'en la regardant on pouvait compter chaque pulsation du coeur. L'ensemble de son visage émacié reflétait une concentration extrême, peut-être même douloureuse, ses mâchoires anguleuses restant aussi puissamment serrée qu'un étau, son front altier aussi plissé qu'un accordéon. Il avait entrelacé ses mains derrière le crâne de son vis-à-vis et fermement plaqué ses avant-bras contre les tempes afin de maintenir fixe la position de la tête. De loin, on pouvait croire que les deux allaient se mettre à danser sur une musique au rythme très lent, la pose du maître rappelant vaguement celle d'une grande femme accrochée à la nuque de son cavalier plus petit. Evidemment ici la prise n'était en rien romantique ou amicale, et n'avait pas plus de rapport avec la danse qu'une armée en marche forcée en a avec l'apparition d'un arc-en-ciel.

Ils restèrent tout deux ainsi durant un temps tout aussi indéfinissable que l'était l'irréalité du lieu, aussi figés que l'était la statue les surplombant, tétanisés dans un silence funèbre. Pourtant, l'homme se rendit peu à peu compte que tout n'allait pas se dérouler comme il l'aurait voulu : son serviteur si dévoué, son serviteur si totalement soumis... commençait à progressivement résister et compromettre ses projets. Il sentit au fur et à mesure que tout n'allait pas se passer en douceur, en silence et il sut, finalement, qu'il allait devoir briser et fracasser.

- Krasull, sussura-t-il d'un ton de persuasion, je t'en prie. Oublie mon nom. Oublie ma défaite. Oublie tout du Refuge et de ce que tu y as appris. Deviens Krasull l'Oublieux et que de tout... Mais il n'eut pas le temps de continuer.

La voix de Krasull déchira l'air d'un bref et terrible hurlement de rage. Les muscles tétanisés du serviteur s'étaient détendus d'un seul coup. Les arcs avaient tiré leur flèche... Krasull venait d'abattre en tempête ses deux poings, lourds comme des enclumes, sur le crâne de son maître.

*

L'homme relâcha aussitôt sa prise et se tassa de plusieurs dizaines de centimètres, cou et genoux ployant sous le choc. Un tel impact aurait plus que suffit à assommer un taureau, mais le maître de Krasull n'était ni un bovin ni un être ordinaire. Son corps, bien qu'il fut en quelque sorte "tout neuf", était à l'image de celui qu'il possédait aux origines tant dans l'aspect que surtout dans la réelle nature. Ce n'était qu'une simple marionnette vivante dirigée de bien au-delà. Les coups portés sur ce pantin, bien qu'ils l'endommageaient et laissaient leur comptant de marques ou de cicatrices comme sur tout un chacun, n'avaient aucune chance de rompre un seul des liens l'unissant avec l'esprit y résidant. En fait, même la mort physique ne le pouvait, mais l'homme préférait tant qu'à faire l'éviter : être en putréfaction n'aidait pas vraiment à la communication avec autrui.

L'homme se jeta vivement sur la droite, mais pas assez vite cependant. Quelque chose siffla à son oreille, il y eut un violent bruit de choc métallique et une douleur intense s'empara de son épaule gauche. Avec toute la souplesse d'un rocher dévalant une colline, il roula sur le sol. Son emprise sur l'esprit de Krasull avait vacillé et celui-ci en profitait pour prendre l'initiative dans un duel physique. Cependant le duel mental restait encore à son avantage. Il acheva son roulé-boulé en heurtant le piédestal de la statue et, après s'être vivement remis debout, entreprit de le contourner afin de le placer entre lui et un Krasull qui semblait soudainement se mouvoir au ralenti.

- Quelle ironie, songea à voix haute l'homme, un duel de corps et d'esprit m'a vu mourir, un autre va donc témoigner de ma renaissance. Il passa sa main droite sous la spalière gauche de son armure. L'acier avait miraculeusement tenu bon, mais le coup reçu promettait tout de même un énorme hématome.

Sur la tête de la statue, venu pour observer la scène, un petit être fantasmagorique s'était posé. Krasull tenait maintenant un long et large cimeterre dans la main droite alors que d'une brume grise un bouclier en croissant se matérialisait dans la gauche. Tout son corps tressaillait tandis qu'il se recouvrait soudain d'épaisses écailles bleues. Son regard, devenu fou, n'avait plus pour seule lueur que celle de la mort et du meurtre.

- Je vois que tu en as plus appris que je ne le devinais, dit l'homme. Et surtout tu as su me le cacher.

Lui aussi était également prêt au combat. De nulle part était apparu, complétant son armure, un heaume dont le court et argenté cimier en forme d'épine servait de perchoir au minuscule lézard blanc et rouge. La longue et droite épée nacrée qu'il brandissait irradiait une légère aura azurée, étrangement douce et apaisante. En revanche, le grand écu noir qu'il levait semblait n'être que menaces et ténèbres, paraissant dévorer toute lumière devant lui.

- Mais tu es ici dans mon monde!

L'être fantasmagorique s'envola dans un grognement mécontent, la statue qui séparait maître et serviteur avait disparu...

*

Tout était allé très vite. Surplombant Krasull, qui gisait inerte au sol, l'homme était perdu dans ses pensées.

Ce sentiment de déjà vu... La sensation avait été exactement la même que lorsque cet elfe maudit l'avait brisé : un choc double où se heurtaient ensembles les lames tenues par les mains et celles tenues par la pensée.
Pourtant tout était différent... Le temps était différent, le lieu était différent, l'adversaire était différent. Différent, mais tellement familier. Pourquoi avait-il eu cette soudaine et étrange sensation de se combattre lui-même?

L'homme secoua la tête, chassant l'idée. Il laissa tomber son écu avant de mettre un genou à terre et porta la main libre à son flanc droit, un peu en dessous de l'aisselle. L'acier n'avait pas résisté cette fois et le cimeterre s'y était enfoncé comme un couteau dans du beurre, pratiquement à l'horizontal, laissant une profonde blessure. Profonde? Il aurait du tout net être coupé en deux, mais il avait lui-même frappé de toute sa puissance et le bras de Krasull s'était heureusement immobilisé.
Le sang coulait abondamment de la plaie, plusieurs côtes étaient brisées et cela faisait un mal de tous les diables. Respirer était devenu difficile : à chaque inspiration le poumon côté blessure le brûlait comme si Zorgull y avait ouvert l'enfer, et cette pensée le fit brièvement sourire avant que la grimace de douleur ne reprenne le dessus.

Quel gâchis... songea-t-il. J'espère qu'il n'y a pas trop de dégâts...

Alors que l'homme relevait son regard, le minuscule lézard sauta du cimier pour aller, en zigzaguant joyeusement, gambader autour du corps de Krasull. A son réveil, le plus fidèle des serviteurs n'aurait plus souvenir de grand chose... Tant de savoir qui tombe dans l'oubli...
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Krasull
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MessageSujet: Re: Krasull l'Oublieux   Mer 26 Mai 2010 - 11:38

Réveil et mémoire

Foudre tombant sur une tour. Images abstraites allant et venant en flot continu. Nombreuses silhouettes errant, tristes, au loin. Cinq meurtrières dans les ténèbres... Les songes se brouillèrent et il se réveilla, allongé sur un confortable matelas. Tout était sombre autour de lui.

- Mais où suis-je? marmona-t-il.
- Dans ta chambre. lui répondit une voix proche et douce. Et pour anticiper ta seconde question, tu te nommes Krasull l'Oublieux.
- Et vous, qui êtes-vous? demanda Krasull, qui ne parut pas surpris des deux premières informations.
- Nous avons déjà eu cette discussion hier, et le jour d'avant, , soupira la voix. En fait, nous l'avons chaque matin depuis des...
- Ce qui ne réponds pas à ma question, l'interrompit Krasull.
- Je suis ton maître, annonça la voix.

Une charnière grinça. Un volet s'ouvrit. Soudainement la lumière pénétra dans la chambre, éclatante, et lança ses rais comme des carreaux d'arbalète, venant perforer les yeux nacrés de Krasull jusqu'à en ricocher, eut-il l'impression, sur le fond de sa boîte crânienne. Le serviteur poussa un hurlement souffrance et, n'ayant pas de paupières, se couvrit d'instinct les yeux avec ses mains. La douleur était d'un blanc aveuglant, oblitérant toutes les pensées qui lui traversaient l'esprit et balayant toute conscience...

Le maître, songeur, regardait son serviteur qui, recroquevillé plus ou moins en position foetale, se tortillait comme un asticot cherchant à s'extraire d'un cadavre.

- Ca, par contre, c'est nouveau, souffla-t-il.

*

Corps tombant d'une tour. Lettres filant en un infini ruban, formant d'innombrables fois le même mot : Empire. Procession funèbre dans la cour d'un château. Cinq meurtrières dans les ténèbres... Les songes se brouillèrent et il se réveilla, allongé sur un confortable matelas. Tout était sombre autour de lui.

- Mais où suis-je? marmona-t-il en se frottant le crâne, qu'il avait douloureux.
- Dans ta chambre, lui répondit une voix proche et douce. Et pour répondre à ta seconde question, tu te nommes...
- Krasull l'Oublieux, acheva le serviteur. Je ne suis pas mal réveillé au point de ne me plus me rappeler de mon nom.
- Oh... pardonne-moi. fit la voix aussi surprise qu'amusée.
- Et vous, qui êtes-vous?
- ... Ah... Je suis ton maître. répondit ce dernier d'un ton légèrement déçu.

Une charnière grinça. Un volet s'entrouvrit légèrement. Un fin rayon de soleil vint, comme une hache coupe une bûche, scinder la pièce en deux parties parfaitement égales. D'un côté se trouvait le lit dans lequel Krasull était en train de se redresser, se frottant les yeux tout autant pour les réveiller que pour les protéger de la lumière. De l'autre côté, il n'y avait qu'une chaise, auprès de laquelle le maître vint se tenir, ainsi qu'une lourde porte d'ébène.

La chambre n'était pas très grande, trois pas en largeur et cinq en longueur, mais le plafond, en revanche, était d'une hauteur impressionnante. Le tout respirait l'espace libre et frais, mais laissait une profonde impression de vide car les murs en pierre ne portaient pas la moindre décoration. En fait, un cachot n'aurait pas été moins bien décoré.

- Lorsque tu seras prêt, dit le maître après quelques instants de silence, rejoins-moi en bas, dans la cour. Beaucoup de travail nous attend encore aujourd'hui, et davantage qu'hier, alors ne traîne pas trop en chemin.

L'homme se retourna dans un sourire plein de malice et disparu par la porte, laissant Krasull à ses pensées embrouillées et ses étirements matinaux.

*

La matinée était déjà largement entamée lorsque Krasull, une de ses mains en visière, ouvrit un peu plus les volets de sa chambre. Le soleil n'avait pas encore parcouru le tiers de sa course et pourtant il rayonnait déjà chaleureusement, baignant les alentours d'une tiédeur réconfortante.
De la fenêtre, la vue portait essentiellement sur de petites collines semées de champs de blé, de vignes ou de bosquets. Vers la droite, à quelques lieues, un petit village en pleine activité était planté à l'intersection de trois routes et s'adossait à une vaste forêt. A gauche, loin à l'horizon, s'élevait une tour de guet.

Krasull, qui venait de s'apercevoir qu'il était lui-même dans une tour, baissa le regard... et se rejeta en arrière, loin de la fenêtre, tombant lourdement sur ses fesses.

- C'est horriblement haut! songea-t-il en se massant le bas du dos. A moins que je ne me défenestre, j'en ai pour l'éternité à descendre...

Il se releva péniblement et se rendit compte qu'il était complètement nu. Sa peau bleutée le tiraillait par endroit et, ça et là, il découvrit des entailles, cicatrices et autres marques de blessures depuis longtemps refermées. Certaines, notamment sur ses pectoraux et ses avant-bras, prenaient des formes particulièrement compliquées et trouvaient un symétrique de l'autre côté. Krasull se douta qu'il devait porter de telles scarifications rituelles sur chacun des membres de son corps, et il dû se faire violence pour ne pas jeter un oeil à celui entre ses jambes.

Ses vêtements gisaient négligemment au pied du lit, étalés à même le sol. Simples, ils n'étaient composés que d'un caleçon court tout rose, de braies noires, d'une lourde tunique blanche et enfin d'une esclavine bleue nuit. Il enfila le tout et se chaussa d'une vieille paire de bottes à semelle cloutée trouvées sous la chaise. Ne lui restait plus maintenant qu'à sortir de sa chambre mais, alors qu'il fermait sa main sur la poignée, son regard resta accroché sur un objet qu'il n'avait jusque là pas remarqué. Krasull s'immobilisa. Dans l'ombre, juste à droite de la porte, une arme était posée contre le mur, : un long et large cimeterre sombre qui lui sembla terriblement familier.

*

- Puisque c'est dans ma chambre, ça doit m'appartenir je suppose, pensa-t-il à haute voix après un instant de silence.

Il s'approcha de l'arme, s'en saisit, la soupesa, et elle s'avoua nettement plus légère que ne le laissaient croire ses grandes dimensions.

Le manche était en tout point remarquable. Le pommeau, fait d'une pourpre pierre par endroit piquetée de petites gemmes fuligineuses, était légèrement translucide et laissait ainsi entrevoir, prisonnier de son coeur, ce qui ressemblait à un morceau de papier froissé. La fusée, sculptée dans un ivoire que le temps commençait à ternir, épousait parfaitement la forme des doigts et portait, là où elle accueillait la paume, cinq fines et nettes entailles de jais. Au centre de la garde, profondément enchâssés, brillaient très discrètement une opale de feu et un saphir azuré, la première sur le côté extérieur et le second sur le côté intérieur. Enfin, dessinant un S distendu, les deux longs quillons en acier sombre dévoilaient des centaines de minuscules gravures cunéiformes.

Mais, curieusement, c'était la lame qui captait plutôt l'attention. D'un noir abyssal, elle était un peu plus longue que les jambes de Krasull et, au niveau de la garde, atteignait presque la largeur d'une main dépliée. Paraissant d'abord droite, elle commençait à sensiblement s'incurver après la mi-course, s'élargissant progressivement dans la foulée. Elle s'achevait enfin, tel un menaçant croissant de lune noire, sur une pointe acérée qui mariait le couple meurtrier du tranchant et d'une cambrure aiguisée en contre-tranchant.

Krasull n'avait ni fourreau ni ceinture adaptée, il ne pouvait donc que laisser l'arme ou la porter à la main tout au long du trajet.

Il prit un instant de réflexion et s'approcha de la fenêtre. L'idée de se promener le cimeterre dans la main ne l'enchantait guère, d'autant moins maintenant que la sombre lame répondait à l'afflux de lumière par d'étranges reflets mouvants... C'était un véritable balais en clair-obscur qui se jouait sur le métal. Sa surface, tout à l'heure uniformément noire, était maintenant parcourue de nettes et brillantes arabesques qui naissaient, se développaient paresseusement, se liaient entre elles, et finissaient par se rétracter avant de disparaître dans les ténèbres.

L'instant de réflexion devint un long moment.

Un frisson remonta le dos de Krasull qui se dirigea à nouveau vers la porte, l'ouvrit, en franchit le seuil. Il avait gardé l'arme au poing et déboucha sur un corridor froid et très mal éclairé. En face, il y avait une porte d'ébène identique à celle de sa chambre. A gauche, le couloir se finissait presque aussitôt et menait à trois lourdes portes en bronze. A droite, il courrait jusqu'à rapidement se perdre dans le noir, s'émaillant de chaque côté d'autres portes, mais argentées celles-ci. Krasull n'avait pas le moindre souvenir de s'être un jour retrouvé ici, même si l'endroit lui paraissait vaguement familier, et son prétendu maître ne lui avait fourni aucune indication du chemin pour descendre...

- Quelle bonne blague... songea Krasull, dépité.

*

(to be continued)
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